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Les Troisièmes au Mémorial de Caen

Par domusik, le 12 mars 2012

Jeudi 16 février

C’est à bord de deux autocars aux trois-quarts remplis par soixante élèves et huit accompagnants que nous quittons Bobigny vers 7h40, direction Caen en Normandie ; nous arrivons vers 11h30 au Mémorial de Caen, bâtiment à l’architecture moderne, et dont les murs lisses s’ornent sobrement d’une phrase, «  La douleur m’a brisée, la fraternité m’a relevée, de ma blessure a jailli un fleuve de liberté.  »
Nous pénétrons dans le bâtiment par une faille qui le scinde en deux blocs de pierre brute, et qui symbolise la brèche ouverte par les Alliés au moment du Débarquement en juin 1944.
Le musée propose un parcours dans l’histoire du XXème siècle, de la fin de la Première Guerre Mondiale, en 1918 à la chute du Mur de Berlin en 1989, et chaque groupe se dirige vers l’un des deux espaces muséographiques du Mémorial.

Le premier espace propose une déambulation en spirale descendante à partir de la paix fragile signée en 1918, qui nous entraîne jusqu’au point culminant du projet hitlérien, la guerre totale et le génocide des peuples juifs et tziganes, ainsi que des minorités telles que les personnes handicapées, homosexuelles, les communistes et bien sûr les résistants. Nous sommes spectateurs incrédules de l’horreur dont témoignent les nombreux documents, dans un espace souterrain, sorte de bunker élargi qui renforce le sentiment d’oppression face à la barbarie nazie. Nous serons obligées de remonter à l’air libre, afin de faire une pause face à l’intensité de ce que nous voyons et entendons.

Le second espace propose de parcourir la période dite de la Guerre Froide, des engrenages qui ont contribué à cette situation de face-à-face hostile entre blocs de l’Ouest et de l’Est, et plus précisément à la division européenne symbolisée par la construction du Mur de Berlin en 1961 jusqu’à sa destruction en 1989. Ces différents rouages sont illustrés de manière très concrète par une scénographie intelligente : de vrais rouages en bois servent d’écrins aux documents présentés ; les élèves sont intriguées par des vitrines montrant les objets de consommation courante, côté est et côté ouest. Ce deuxième parcours, bien que plus léger, n’en interroge pas moins les stratégies et les enjeux comme le nucléaire et ses conséquences plus contemporaines, géopolitiques ou écologiques. Une installation vidéo retrace les différents essais de la Bombe H (surnommée Little Boy), les élèves notent l’absence d’information et de protection sur les dangers de la bombe par les soldats américains.
Entre ces deux parcours, nous avons déjeuné rapidement et avons assisté à la projection du film, Le Jour J, qui retrace à l’aide d’images d’archives le débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944. Film aux images fortes qui montrent de tout jeunes soldats venir s’écrouler sous les bombes allemandes.

Il nous faudra bien une halte salutaire sur la plage de Lion-sur-Mer pour nous remettre de toutes ces images terribles ; les élèves organisent une balle au prisonnier, des cris de victoire fusent, c’est le bus B qui l’emporte, la vie reprend ses droits. Nous arrivons au Manoir des Hauts-Tilleuls en fin de journée, où nous attendent un repas chaud et une nuit plutôt calme.

Vendredi 17 février

Départ vers 8H30 pour le Mémorial, où nous récupérons nos deux guides qui nous accompagneront sur les plages du Débarquement. Les élèves, qui ont été très sages depuis notre départ de Bobigny, écoutent attentivement la description minutieuse que fait notre guide, des stratégies envisagées dès 1942 par les forces alliées anglaises et américaines pour venir à bout de l’occupant allemand.

Direction le site d’Arromanches, où nous découvrons du haut de la falaise les vestiges du port flottant artificiel, véritable prouesse technologique conçue par les Alliés pour tromper l’ennemi. Nous nous dirigeons ensuite vers le site de Longues, d’où nous voyons mieux le dispositif du port artificiel en arc de cercle. Il reste aussi toute une batterie de canons allemands, qui était dirigée par un radar enfoui dans un bunker. Nous y descendons, les élèves remarquent des graffitis.
Les images du film Le Jour J projeté la veille viennent alors se superposer comme un collage hyperréaliste au paysage dans lequel nous évoluons ; les images en noir et blanc rejouent les événements dramatiques dans ce paysage en couleur bien réel. Nous marchons dans l’Histoire.

Troisième étape, le Cimetière Américain à Colleville-sur-mer qui surplombe Omaha beach. Nous débutons la visite par le Mur des Disparus, un péristyle en arc de cercle où s’égrènent les noms des 1557 soldats dont les corps n’ont jamais été retrouvés.
Puis nous longeons les pelouses vertes au tracé impeccable, parcourues des 9386 stèles de marbre blanc surmontées d’une croix latine ou d’ une étoile de David. Nous terminons la visite en silence, certains visages sont graves, le crachin normand qui nous accompagnait jusque là se transforme soudain en vraie pluie.

Retour au Mémorial de Caen, où nous quittons nos guides avec regret ; un rapide casse-croûte, une dernière visite à la boutique-librairie du Musée, et c’est le retour pour Bobigny, les traits un peu tirés mais l’esprit rempli d’ HISTOIRE et d’un mot : RESISTER.

C. BACHELET professeur d’Arts Plastiques

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